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3ème Dimanche de Carême

Nous savons qui est Jésus. Nous connaissons sa manière de vivre, son amour des pauvres, sa bonté, sa patience, sa miséricorde pour les pécheurs, les petits et les humbles… Nous le connaissons tellement que nous lui donnons parfois un visage sans relief. Alors saurons-nous encore nous étonner lorsque nous lisons l’Evangile de ce dimanche ? Pourtant… voir Jésus se mettre dans une telle colère, ce n’est pas courant ! Qu’est ce que cela veut dire ?

 

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Quand on connaît un peu l’Ecriture, on sait que les prophètes ont eu des paroles ou des gestes qui interpellaient leurs compatriotes sur la manière de vivre leur foi ; ils réagissaient pour dénoncer l’hypocrisie qui peut se dissimuler dans les sacrifices. C’est ce que dit le beau texte du prophète Michée que l’on peut aujourd’hui encore méditer :
« Avec quoi me présenterai-je devant le Seigneur, me prosternerai-je devant le Dieu de là-haut ? Me présenterai-je avec des holocaustes, avec des veaux d’un an ? Prendra-t-il plaisir à des milliers de béliers, à des libations d’huile par torrents ? Faudra-t-il que j’offre mon aîné, le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ?" - "On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu. » (Michée 6,6-8)

Jésus explique ses actes par cette phrase : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » La souffrance de Jésus de voir que le Temple est devenu un lieu de commerce révèle sa relation à Dieu. S’il agit avec cette violence, c’est que le Temple n’est pas pour lui seulement un lieu de prière ou la maison de Dieu, mais bien plus : c’est dit-il « la maison de mon Père ». Cette expression de Jésus, nous la trouvons déjà au début de l’Evangile selon Saint Luc : Jésus, à douze ans, répond à sa mère qui lui reproche de s’être fait chercher : « Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? ». Si Jésus dit cela, c’est qu’il est plus qu’un prophète, il se sait le Fils, il se rend au Temple pour y rencontrer intimement Dieu son Père. C’est pourquoi il est touché jusque dans ses entrailles lorsqu’il voit que le Temple est détourné de sa véritable destination : permettre aux croyants de se présenter devant Dieu, de venir le rencontrer pour refaire alliance avec Lui.

Mais il va encore beaucoup plus loin. En effet, aux juifs qui réclament un signe qui authentifie son autorité pour agir ainsi, Jésus répond : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai ». Saint Jean nous donne la clé de cette affirmation de Jésus : « le Temple dont il parlait, c’était son Corps ».
C’est en faisant une relecture après Pâques que Jean et les disciples témoins de l’événement en découvrent le sens : « quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ». Que comprennent-ils ? Que par sa mort et sa résurrection, Jésus est devenu le Temple de la Nouvelle Alliance, le signe de la Présence de Dieu parmi les hommes.

Par l’offrande que Jésus fait de son Corps, par le don de son Esprit, Dieu fait des croyants eux-mêmes le Temple où Il réside. Dans la lettre aux Ephésiens, Saint Paul dira que la pierre d’angle c’est le Christ Jésus lui-même. « En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu dans l’Esprit » (Ephésiens 2,21-22). Nous sommes donc chacun le Temple de Dieu, et c’est bon d’en reprendre conscience pour nous rappeler notre dignité de baptisé et celle de chaque personne humaine quel que soit son histoire, sa race, sa situation sociale. Peut-être pouvons-nous profiter de cette méditation de l’Evangile pour prendre ou reprendre conscience du prix que chacun a aux yeux de Dieu.

Le Père Maurice Zundel nous aide à réfléchir, à prier, peut être simplement à nous aimer nous-mêmes pour mieux aimer les autres :

« Jésus a estimé notre vie au prix de la sienne. La Croix révèle la valeur infinie de l’homme au regard de Dieu. Saint Paul proclame, à son tour, notre grandeur et notre dignité, en nous rappelant que nous sommes les membres du Christ, le temple de Dieu, le sanctuaire de l’Esprit Saint. La destruction du Temple de Jérusalem, annoncée par Jésus, revêt toute sa signification dans l’entretien du Seigneur avec la Samaritaine. Désormais, le vrai sanctuaire de la Divinité, c’est elle-même, c’est l’homme, c’est chacun de nous.

Les cathédrales de pierres veulent nous rassembler autour de la table sainte pour faire de nous le corps mystique du Seigneur. Il ne s’agit donc pas d’enfermer la sainteté dans les murs de nos églises, ni même dans les signes sacrés qui sont aptes à la susciter, mais de la réaliser en nous.

Le respect du sanctuaire que nous sommes résume toute vertu comme il nous fait prendre conscience de notre suprême dignité, en nous ramenant sans cesse au dialogue avec la Présence dont nous sommes le tabernacle.

Laisser vivre cette Présence en nous, la reconnaître et lui ouvrir un espace en autrui, tout est là depuis que l’Evangile a transféré en l’homme le sacré, qui s’attachait aux lieux ou aux édifices… Ceci bien sûr, ne doit pas nous entraîner à déserter les lieux de culte, mais à mettre l’accent sur l’assemblée où la charité s’affirme en l’échange de Dieu.

Or, la charité, précisément, ne peut éclore qu’en prenant racine dans la foi en la valeur infinie de l’homme, appelé, comme dit encore Saint Paul, à manifester dans son corps la vie de Jésus. On comprend, dans cette perspective, ce mot admirable d’un poète chrétien : « Il ne faut s’approcher de soi-même que sur la pointe des pieds ». Etre chrétien, en effet, c’est faire de soi le sanctuaire de Dieu, c’est devenir le tabernacle et l’hostie. Si nous étions conscients de notre vocation, si nous connaissions le don de Dieu, toute notre vie serait « un pèlerinage vers l’Ami qui demeure en nous. »

Sœur Marie Michèle



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