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L’aimer pour ce qu’il est

Témoignage d’une rencontre vécue avec un jeune du Quart-Monde, au cours d’une journée de chantier à Grange-Neuve.

 

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Hiver 2010-2011

« Ariel* est un jeune de 19 ans, qui dégage par son attitude une violence abrupte. Cliché du jeune de banlieue, le regard dur, il semble inatteignable. Ce vendredi, comme tous les 15 jours, il vient pour une journée de chantier dans notre maison de Grange-Neuve, avec un groupe d’adultes du quart-monde. Je suis affectée au remplacement des tuiles sur le toit de l’atelier avec lui.

La lutte commence, pour qu’il accepte de nous écouter, qu’il cesse de hurler des insultes à son pote qui repeint la bergerie plusieurs centaines de mètres plus loin, qu’il arrête de faire le malin et commence le travail ! Lutte tranquille, en gardant une attitude bienveillante qui seule pourra faire naître une relation, qui n’entretiendra pas la violence. Ainsi petit à petit les choses se posent, se calment. Et il commence à parler, de lui, de sa vie de galère.

Solène, en service volontaire au Sappel

Il me parle de ses fugues quand il était en foyer, de ses relations multiples avec les filles, de ses habitudes de vendre et fumer du shit, de boire, de frapper les autres, de sa tentative de suicide, des histoires dans les quartiers… Difficile de réagir, je ne peux pas aller dans son sens, mais je ne peux pas non plus lui dire sans cesse que ce n’est pas bien ce qu’il fait ! Il me parle aussi de sa possible incarcération en prison, comme si c’était une fatalité. Je lui dis que peut-être pas, mais lui : « On est obligé de faire des conneries quand on n’a pas de boulot, comment veux-tu qu’on ait de l’argent ? ». Il envisage aussi le fait qu’il serait peut-être un jour dans la rue… me disant que, déjà quand il se querelle avec son grand-père qui l’héberge pour le moment, il passe la nuit dehors.

Je trouve ça dur qu’il n’ait que ces deux perspectives, à 19 ans : la rue ou la prison… Mais effectivement, sachant à peine lire et écrire, incapable de tenir dans une formation car trop blessé déjà par la vie, manquant totalement de repères, de construction intérieure, que peut lui proposer la société ?

Et moi, que puis-je faire pour lui, sinon être là, pleinement avec lui et pour lui, l’écouter ? Et surtout l’aimer, l’aimer pour ce qu’il est, l’aimer parce que c’est la seule réponse à apporter à ses souffrances et à la violence qu’elles engendrent. Il me dit, de manière très lucide : « Je peux être un ange, mais je peux aussi être le diable, et quand je suis le diable ce n’est pas beau à voir ! ». A moi d’être ce regard d’amour qui puisse faire émerger un peu plus en lui l’ange, qu’il puisse se découvrir un peu plus aimable et capable d’aimer. »

Solène, en service volontaire au Sappel.

*Le prénom a été modifié.

 
 
 

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