« La Toussaint, c’est la fête des morts ! » « Il fait un temps de Toussaint », entendez qu’il fait mauvais temps, que la journée s’annonce triste, austère. Pas de quoi avoir le moral !
S’il est vrai que la fête de la Toussaint précède le jour où l’Église nous invite à faire mémoire des défunts, et s’il est vrai aussi que ces deux fêtes ont un lien entre elles, la Toussaint est d’abord une grande fête de joie et d’espérance.
La Toussaint c’est la fête de tous les saints ! Tous les saints ? Alors c’est pour une élite, des hommes, des femmes, des jeunes qui, sur la terre ont beaucoup soufferts, qui ont accomplis des actions extraordinaires, bref qui n’ont rien de commun avec nous. Ce serait vraiment réduire la portée de cette célébration. L’appel à la sainteté n’est-il pas pour tout le monde ? Déjà dans l’Ancien Testament Dieu dit à Moïse : « Tu diras au peuple : soyez saints car moi je suis saint » (Lévitique 19,2).
Par notre baptême nous entrons dans la vie de communion avec Dieu, nous devenons fils et filles de Dieu, et la sainteté c’est cela, c’est être de Dieu. Le baptême nous ouvre le chemin vers la sainteté. Nous sommes donc tous appelés à la sainteté. Ce mot n’évoque peut-être rien pour nous et célébrer tous les saints ne nous dit pas grand-chose. Pourtant cette « nuée de témoins » est là pour nous aider à cheminer durant notre pèlerinage terrestre. Finalement la sainteté c’est peut-être aimer comme le Christ, c’est donner le sourire attendu, la parole de réconfort, l’oreille qui écoute…

Le mot clé de cette fête c’est « heureux, heureux ». Heureux ? Pourquoi, pour qui ce bonheur ?
Les textes *de la liturgie du jour de Toussaint nous mettent si je puis dire dans « l’ambiance »
Dans le livre de l’Apocalypse, Jean a cette vision d’une foule immense, foule de toutes nations, races, peuples et langues (quelle merveille ! pas d’exclus !). Tous sont là, vêtus de blanc et ils chantent ensemble : « nous sommes sauvés, sauvés par l’Agneau, sauvés par le Christ ! » Cette joie ils l’ont conquise, certes, ils sont passés par l’épreuve et grâce au Christ Jésus, ils l’ont traversé. Rien n’est impossible à Dieu. Et nous, nous sommes appelés à entrer dans cette foule joyeuse, notre marche commence dès notre vie terrestre, nous avançons.
La deuxième lecture ; Jean encore. Il nous dit cette chose inouïe, que peut-être nous avons du mal à croire, le Père nous aime, nous sommes ses enfants ; dès maintenant nous le sommes. Et ce n’est pas tout : « quand le Fils de l’homme paraîtra nous lui seront semblables car nous le verrons tel qu’il est » . Voilà notre espérance et notre joie, c’est elle qui nous fait tenir debout, qui nous rend forts.
L’évangile en saint Matthieu, est comme une immense clameur : « heureux, heureux ! » Neuf fois ! Mais attention pas n’importe quel bonheur. On y parle de pauvreté, de douceur, de larmes, de justice, de miséricorde, de pureté, de paix, de persécutions, d’insultes de calomnies, comment tout cela peut s’accorder avec le bonheur ? Ce n’est pas un programme qui nous est donné ici, il ne s’agit pas de « faire » des choses, pour obtenir une récompense, il ne s’agit pas non plus de rechercher la douleur, la misère, la persécution ou je ne sais quoi d’autre. Rien de morbide dans ce texte. C’est le chemin du Christ Jésus qui nous est montré, un chemin pas facile, mais un chemin de liberté. C’est avec lui que nous le ferons, il est à nos côtés pour nous guider. Jésus, seul peut oser dire « Heureux vous les pauvres, heureux ceux qui pleurent… » Il sait de quoi il parle quand il dit cela.

Ce chemin que le Christ nous montre, qu’il « balise » en quelque sorte avec les béatitudes, nous conduit au royaume des cieux, c’est là notre lieu véritable. Ce royaume, déjà là, pas encore là. Toute notre vie terrestre se joue entre ce déjà - pas encore. Il y a de nombreux chemins de sainteté, que le mot ne nous fasse pas peur, c’est le véritable achèvement de notre vie, ce n’est pas « en option », mais le cœur même de notre vocation dans le Christ.
* 1ère Lecture : Apocalypse 7,2…14 ; Psaume 23 ; 2ème Lecture : 1 Jean 3, 1-3 ; Evangile : Mt 5, 1-12.

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