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La banlieue, stéréotypes et réalités.

Soirée débat : Compte rendu de la soirée du 25 février 2010 à l’ENS.

 

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C’est donc devant les très prestigieux « normaliens » de l’ENS qu’a commencé ce jeudi 25 février, une série de soirées débats autour de la banlieue, devant les aumôneries étudiantes du diocèse de Lyon. C’est vous dire la pression pour les animateurs de faire cette première soirée un peu « test » devant une telle audience !
Mais finalement, contre toutes attentes, les normaliens ont semblé en réalité assez normaux et même très accueillants. C’est donc dans une ambiance très décontractée, en commençant autour d’un repas, malheureusement en comité assez restreint, que nous avons abordé la discussion sur les problèmes des stéréotypes en banlieue. Voici donc en quelques lignes le compte rendu de la soirée :

L’équipe d’aumônerie autour du frère Jean-Etienne Long, a commencé par exprimer ces attentes et surtout les raisons qui lui avaient permis de porter un intérêt et donc une réponse positive à notre proposition d’intervention. C’était donc surtout pour savoir comment l’Eglise parvenait ou non à jouer son rôle en banlieue. Mais pour nous, intervenants, la discussion devait dépasser ou du moins ne pas seulement se cantonner à cette dimension « catholique » en banlieue pour une conscientisation à la fois plus « politique » et générale.
Tout d’abord, un petit et classique historique de la banlieue pour comprendre un peu l’évolution de cet espace de la ville « mis au banc ». On rappel donc son caractère d’abord temporaire voulu par le politique pour gérer immigration ou encore exode rural, puis véritable ville dans la ville, elle est aujourd’hui un espace social, souvent pas autant écarté du reste de la société comme on l’entend beaucoup. Cependant, c’est un espace ou se concentre misères sociale et économique, ou l’on voit se cumuler les difficultés. Mais la stigmatisation systématique et les stéréotypes véhiculés par beaucoup de médias, n’arrangent pas vraiment la situation. C’est donc par une petite mise en garde sur les chiffres dans les médias et mêmes ceux produits par la police et repris par le gouvernement sur la délinquance et tout autre forme d’aspect négatif rattachés à la banlieue, que s’est poursuivit l’exposé. En effet on constate un manque de rigueur dans leur utilisation, des comparaisons souvent douteuses entre statistiques de l’immigration et statistiques de la délinquance. Autant d’éléments peu scientifiques qui ne constituent en rien une aide pour la banlieue.

Ensuite, place aux témoignages. D’abord celui de Marie-Emmanuelle Ricouard qui travaille depuis maintenant 2 ans au Valdocco. Dans cette association, elle intervient en soutien à certains jeunes en difficultés, sur trois cadres primordiaux à savoir, la famille, l’école – avec du soutien scolaire – et le quartier par de l’animation de rue. Dans ce témoignage elle y évoque ses craintes – dues aux préjugés qu’elle avoue volontiers – par rapport à son intervention dans ce cadre de la banlieue. Mais ce milieu qui lui était avant étranger, dans lequel elle peut être confrontée à la violence, souvent verbale, lui a en fait beaucoup apporté. En effet, voir ses efforts aboutir à quelque chose, un changement, un meilleur vivre ensemble, l’ont amenés à percevoir la banlieue d’un œil nouveau. C’est ensuite Nicolas Bouchet qui intervient par rapport à son bénévolat au Sappel. Cette association vient en aide aux personnes du quart monde qui bien souvent se trouvent aussi en banlieue. Il témoigne de la misère, plus que de la pauvreté, à laquelle il est confronté. Des familles recluses et isolées sur elles-mêmes manquant de repères et de cadres pour gérer convenablement leur vie quotidienne. Le Sappel leur permet de se rencontrer entres elles ou même avec d’autres venant de milieux sociaux différents, pour partager ensemble un moment, une journée enrichissante. Enfin, Nicolas Bassy nous parle de son activité à la communauté Sant Edigio. Sa rencontre avec plusieurs sans-abris a changé son regard sur ceux que l’on appelle communément les « clochards ».

Puis s’en est suivie une petite analyse de l’émeute urbaine. Phénomène qui participe beaucoup à véhiculer craintes et stéréotypes. Cette étude permet d’avoir sur ce fait social qui a pris une ampleur inédite en 2005, un regard allant au-delà de celui imposé par les grands médias et même trop souvent les politiques : celui d’un déchainement de violence gratuite. Non l’émeute doit être interprétée comme une volonté de se réapproprier l’espace de revendications sociales par une population qui en est démunie. Il faut le comprendre comme une mobilisation, certes violente, mais rationnelle, qui demande une autre place dans les préoccupations politiques et plus largement dans la société.

Enfin suite à cet exposé, l’échange nous à permis de percevoir la vision de chacun de la banlieue, ses craintes, ses méconnaissances, parfois son désintérêt. Une discussion sur l’opinion et le vécu de chacun. Globalement, constat sans surprise, il semblerait qu’il faille un changement de politique de traitement des banlieues et des populations y résidant. Mais pas au sens passif, en se dédouanant de toutes responsabilités. Cela doit passer par une modification des comportements de chacun, et en faisant valoir son mécontentement par rapport à cette politique, à ceux qui en sont responsables.

Antoine LEVEQUE
 
 
 

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