Elle est bien tremblotante, la petite lumière de Bethléem. Elle hésite à s’affirmer, comme lorsqu’on tente d’allumer une bougie en plein-vent, les doigts gourds, dans l’air humide. La pauvre flammèche de notre foi vacille sous les vents âpres de l’hiver.
La petite lumière de Bethléem n’offre pas toute garantie. Elle est une naissance. Le bébé qui vient de naître quel sera son destin ? Tiendra-t-il le choc des premières sensations ? Combien pèse-t-il ?… Il y a toujours, auprès d’un berceau, fusion et anxiété, liesse et crainte. Le père est maladroit. La mère n’aime pas trop qu’on lui prenne son nourrisson : « Attention, tiens lui bien la tête.. »
Il n’empêche, l’enfant qui vient de naître, est toujours le plus beau bébé du monde et, étrangement, c’est toujours vrai. Personne, jamais, pour contester cette évidence qui court de siècle en siècle. Un pari sur l’avenir. Il n’est jamais gagné d’avance. Ce pur cadeau qu’est toute naissance, on l’éprouve avec une plénitude sans amendements. Pas de « faut voir », de « mais encore ? », de « on verra ». Non, le bébé, qui naît, c’est comme le soleil qui se lève : pas de doute, le jour vient.
Au fond la fête de Noël, malgré son encombrement de cadeaux, malgré son accompagnement commercial, la goinfrerie qui la sous-tend dans une atmosphère de galerie marchande, quand on la libère de tout cela, apparaît dans sa simple nudité radicale : la chance donnée au futur.
Tant qu’il y aura des Noël, il y aura lieu de se réjouir. Dans la noirceur du monde, dans la détresse des abandonnés, dans l’égoïsme des forts, dans la lâcheté des opulents, il y a toujours des Noël pour nous dire : « c’est possible. » Plus tard, aux jours de lumière, Pâques nous annoncera, triomphalement : « c’est certain. »
Que la lumineuse clarté de Noël, fasse donc de nous des nouveaux nés ; qu’elle déshabille nos nuits du feu de la clarté de l’enfant de la Divine Espérance ; que ce grand solstice intérieur nous tire vers « la lumière qui ne connaît pas de couchant » ; que cette fête de l’enfant Dieu réchauffe nos amours blessées, nos espérances borgnes et nos solidarités paralysées.
Bon et saint Noël à tous !


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