« Seigneur des anges,
Dieu fait chair, nous t’adorons,
Tu te revêts de faiblesse,
l’Inaccessible s’abaisse,
les bergers l’ont découvert ! »
Depuis les premiers siècles du christianisme, les artistes ont cherché à rendre compte des récits de l’enfance de Jésus. L’évangéliaire d’Egbert, dont est tirée l’enluminure que nous allons commenter, est une œuvre commune d’artistes de l’Abbaye de Reichenau et de Trèves.
Ces peintures de qualité, réalisées vers 980, invitaient à la méditation de différents péricopes évangéliques. Véritables catéchèses, elles gardent aujourd’hui encore la capacité de nous aider à entrer dans le mystère. Regardons ensemble celle de la Nativité.

Le tableau se divise en deux scènes superposées : en haut la « crèche », en bas les bergers et leur troupeau, un chœur d’anges fait le lien entre les deux

La crèche, non pas une pauvre étable mais plutôt une église et sa cour fortifiée, est située dans le ciel sans doute pour nous rappeler que Celui qui, depuis toujours était tourné vers le Père, est venu vivre parmi nous. L’inscription nous dit : « Nativitas Domini » Naissance du Seigneur, Il vient dans notre monde, dans notre histoire !
« Aujourd’hui dans notre monde, le Verbe est né pour parler du Père aux hommes qu’il a tant aimés, Et le ciel nous apprend le grand mystère : Gloire à Dieu et Paix sur terre, alléluia ! »
Jésus n’est pas représenté comme un bébé qui vient de naître mais comme un adulte ! Il est enveloppé non pas de langes mais dans ce qui ressemble davantage à un linceul. Il ne repose pas dans une crèche mais sur un autel.
Les attitudes des personnages ne sont pas insignifiantes : Marie par le geste de la main souligne la propre offrande de Jésus représenté la tête dressée comme tourné vers le Père. Joseph, la main posée sur l’autel, accompagne l’offrande de l’Enfant et de la mère.
Cette manière originale de représenter la nativité souligne le rapport étroit entre Noël et la Passion. En effet dans l’enluminure de la mise au tombeau de Jésus, on retrouvera gestes et attitudes similaires.
![]() | « Il sauve en se donnant,
sa Pâque nous entraîne »
|
Par sa peinture, l’artiste nous dit que Noël annonce la Passion : la vie offerte pour restaurer la vie !
L’âne et le bœuf semblent surgir d’une Arche de Noé pour
accueillir le créateur des étoiles venu habiter parmi nous !
Alors que retentit le chant des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! », l’un d’entre eux annonce aux bergers la naissance de l’Enfant-Dieu
Les trois bergers (des marginaux à l’époque) les yeux levés vers le ciel, contemplent ce qui les dépasse ! Le premier manifeste une certaine réserve : certes la main est ouverte mais en retrait et son pied esquisse un geste de fuite. Le second montre de la perplexité. Quant au troisième, de sa main levée, semble accueillir le message.
Les moutons, de leur côté, sont à l’image des hommes : accueillant, ou indifférents.
La tour appelée « turris gregis », c’est à dire la tour du troupeau, se dresse vers le ciel. Comment ne pas penser au chapitre 10 de l’Evangile selon Saint Jean où Jésus s’identifie à la fois au Bon Pasteur et à la Porte des brebis ? Ainsi on peut lire dans cette tour restée ouverte une invitation à entrer dans le mystère de la naissance de notre Sauveur qui vient pour nous donner la vie !
Pour complèter la retraite, retrouver l’évangile de la Veillé de Noël sur ce billet…
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