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Saint Benoît, qui est-ce ?

Nous allons fêter Saint Benoît le 11 juillet, patron de l’Europe, père d’un grand nombre de moines et de moniales. Nous avons pensé que ce serait l’occasion de le présenter avec l’aide de l’hymne « Pour Benoît » que nous chantons en son honneur. Sœur Etienne vous la présente !

 

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L’hymne « Pour Benoît » évoque de façon particulièrement heureuse la personnalité du moine en même temps que le rayonnement de sa vie et de sa Règle sur ses disciples d’hier et d’aujourd’hui.

1 - Pour Benoît qui choisit la sagesse, Pour Benoît qui te cherche sans cesse, Béni sois-tu, Seigneur ! Pour l’amour embrassant la patience, Le désert où le cœur fait silence, Béni sois-tu, ô notre Père, Une eau vive murmure ton Nom.


2 - Pour Benoît que tu mets à l’épreuve, Sa victoire où l’Esprit est à l’œuvre, Béni sois-tu, Seigneur ! Pour le faible exaltant ta puissance, Le pécheur qui te garde confiance, Béni sois-tu, ô notre Père, Dans la nuit tu combats avec nous.


3 - Pour Benoît que ta paix environne, La douceur habitée par ta force, Béni sois-tu, Seigneur ! Pour la voix qui redit ton message, Le service où rayonne ta grâce, Béni sois-tu, ô notre Père, L’Evangile prend corps dans tes saints.


4 - Pour Benoît que ta grâce fascine, Son regard qui discerne tes signes, Béni sois-tu, Seigneur ! Pour le pain partagé avec l’hôte, Jésus Christ honoré dans le pauvre, Béni sois-tu, ô notre Père, Notre cœur est en fête pour toi.


5 - Pour Benoît qui rassemble des frères, Pour leurs vies façonnées de prière, Béni sois-tu, Seigneur ! Pour l’appel à chanter ta louange, A chanter en présence des anges, Béni sois-tu, ô notre Père, Toi qui viens habiter notre chant.
Texte CFC
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Benoît, par la grâce et par le nom :

L’hymne, de forme litanique, comprend 5 strophes qui invitent, au moyen d’un double refrain, à bénir Dieu « Pour Benoît ».

Le nom de Benoît, l’homme béni de Dieu, fait jaillir la bénédiction sur les lèvres de la communauté qui le fête, à deux reprises dans chaque strophe :
« Pour Benoît… Béni sois-tu, Seigneur !…. Béni sois-tu, ô notre Père ! »

Ainsi structurées, les 5 strophes vont évoquer à la fois la vie de St Benoît et la spiritualité des disciples qui vivent selon sa Règle.

Strophe 1 : la fuite au désert de Subiaco
Jeune étudiant à Rome, Benoît « abandonna l’étude des lettres, laissa la maison et les biens de son père » - « Désireux de plaire à Dieu seul, il gagna le désert pour s’y retirer, à Subiaco, qui est à quelque 40 milles de Rome » (Dialogues de Saint Grégoire le Grand).

Tout quitter pour « choisir la sagesse », c’est le geste initial de toute vocation monastique. La vieille aventure recommence, celle d’Abraham « sortant de son pays, de sa parenté et de la maison de son père », celle des apôtres « quittant leurs filets, leur barque et leur père ». Si Benoît « méprise comme poussière la mondanité en fleur » et « le savoir-vivre mondain » (Dial. II,1) c’est pour chercher Dieu sans cesse selon le critère qu’il donne lui-même au Chapitre 58 de sa Règle pour discerner la vocation de celui qui se présente à la porte du monastère. Les mots de la 1ère strophe de l’hymne orientent vers la source cachée d’un choix et d’une quête qui conduisent au « désert » « une eau vive murmure ton Nom ». « Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? », s’exclame Benoît dans le Prologue de sa Règle. Il sait de quoi il parle, il a fait l’expérience de ce « désert où le cœur fait silence » pour écouter Celui qui parle au-dedans.

Strophe 2 : la tentation au désert
« Le désert où le cœur fait silence » n’est pas un séjour de tout repos ! Pour Israël durant l’Exode, pour Jésus, c’est le lieu de la mise à l’épreuve. Après trois années de vie solitaire, Benoît fait l’expérience du combat contre la tentation de la concupiscence charnelle. « Un jour qu’il était seul, le tentateur se présenta » (Dial. II, 2.1). L’épreuve prend chez le jeune ascète la forme dramatique d’une crise au point « qu’il était presque décidé à quitter le désert, vaincu par la volupté ». On sait comment Benoît sortira vainqueur de ce combat « où l’Esprit est à l’œuvre », en se jetant nu dans les épines et les orties : « il s’y roula longtemps et en sortit tout blessé ». Comment ne pas penser au combat de Jacob (Genèse 32.25) ? Le dernier vers de la strophe fait le rapprochement : « Dans la nuit, tu combats avec nous. » « Nous », ce sont les disciples de Saint Benoît qui sommes aussi des êtres de chair, « faibles » et « pécheurs » mais exaltant la puissance de Dieu qui « donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2Cor. 12.9) et déjouant les manœuvre du tentateur à l’aide du dernier et précieux instrument des bonnes œuvres : « ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu » (Règle de St Benoît Ch 4)

Strophe 3 : le maître spirituel
« La tentation s’étant éloignée, l’homme de Dieu, semblable à une terre débroussaillée, se mit à fructifier avec fécondité pour la moisson des vertus » (Dial. II, 3.1). Benoît a gagné la paix. Il produit les fruits de l’Esprit : paix, douceur, force. Dès lors, sa vie rayonne « attirant ainsi beaucoup de gens pour se réunir là au service de Dieu tout-puissant » (Dial. II, 3.13).

La strophe 3 fait le portrait de l’Abbé, père spirituel chargé de conduire des disciples sur les chemins de l’Evangile. « L’abbé ne doit rien enseigner, établir ou commander qui s’écarte des préceptes du Seigneur » (R.B. ch.2) : il est « la voix qui redit (son) message », il exerce un « service où rayon (sa) grâce ». On reconnaît les traits du directoire du Ch 64 de la Règle : « Que l’Abbé sache qu’il lui faut servir plutôt que dominer. Il doit être docte dans la Loi divine afin de savoir et d’avoir pour puiser les leçons anciennes et nouvelles. » « Celui qui accepte le nom d’Abbé doit gouverner ses disciples par un double enseignement, c’est-à-dire qu’il lui faut inculquer ce qui est bon et saint par des actes plus encore que par des paroles » (R.B. ch.2) « L’Evangile prend corps dans tes saints ».

Strophe 4 : le Contemplatif
Les dialogues de saint Grégoire racontent dans quelles circonstances Benoît « retourna au lieu de sa bien-aimée solitude » : après que les moines de Vicovaro qui lui avaient demandé d’être leur supérieur aient tenté de l’empoisonner ! (Dial. II, 3.4). Benoît, après cet épisode dramatique, accède alors à la contemplation, à ce « regard qui discerne » la présence de Dieu, ses « signes » en toutes circonstances, en toutes choses et en tout être humain. « Cet homme vénérable habita avec lui-même, parce que toujours en garde et vigilant sur lui-même, se voyant toujours sous l’œil du Créateur, s’examinant toujours, il n’avilit point l’œil de son âme en jetant des œillades à l’extérieur » (Dial. II, 3.7).

Etre vigilant sur soi-même, vivre et agir sous le regard de Dieu, loin de rendre indifférents au prochain, cette attention à Dieu permet l’ouverture à autrui. La 2ème partie de la strophe s’inspire du beau chapitre 53 de la Règle sur l’accueil des hôtes qui doivent être « reçus comme le Christ » et « traités avec humanité » : « Pour le pain partagé avec l’hôte, Jésus-Christ honoré dans le pauvre, béni sois-tu, ô notre Père ». La contemplation chrétienne n’est pas une évasion du réel, elle est éveil du regard de la foi qui « discerne les signes » d’un Dieu venu dans la chair, reconnu et honoré dans les plus petits par un amour en actes. Alors, conclut la strophe, « notre cœur est en fête pour toi ».

Strophe 5 : l’abbé du Mont Cassin
L’hymne s’achève sur la vision d’une communauté rassemblée pour chanter la louange de Dieu : c’est la situation liturgique du chœur qui célèbre la fête de Saint Benoît en bénissant Dieu « en présence des anges ! » (R.B. ch.19). L’auteur de la Règle des moines se propose de « fonder une école où l’on serve le Seigneur ». Ce service prend dans la vie bénédictine la forme privilégiée de l’office divin auquel « rien ne doit être préféré » (R.B. ch.42). « L’appel à chanter » les louanges de notre Créateur retentit de jour et de nuit au monastère et, « aussitôt le signal entendu, on se hâte d’accourir » (ch.43). « Le Zèle pour l’œuvre de Dieu » est le signe de l’amour car, comme l’écrit le Père Beauchamp, « impossible d’aimer Dieu sans le louer et impossible de louer Dieu si on ne l’aime pas : on ne trouverait pas les mots ni le souffle pour cela ». La forme chorale de cette louange est apprentissage quotidien de l’unité des voix manifestant l’unité des cœurs : « Béni sois-tu, ô notre Père, Toi qui viens habiter notre chant ! »

Sr Etienne

Grégoire le Grand, Dialogues Livre II, Sources Chrétiennes Père Beauchamp, Psaumes – Nuit et jour

 
 
 

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