Notre travail au Sappel, c’est de permettre aux familles du Quart Monde d’exprimer ce qu’elles portent au fond d’elles-mêmes, que cela puisse venir à la surface pour être vu, entendu, mieux compris à la fois par ceux qui l’expriment et par ceux qui écoutent et regardent cette expression. C’est dans cette dynamique que, pour la 2ème année consécutive, nous avons vécu une semaine de théâtre biblique avec les familles, parents et enfants réunis.
Tout le travail de créativité de ces semaines de théâtre biblique réside là : donner une forme à ce que les familles du Quart Monde portent dans leur humanité et leur relation au Seigneur. Cette forme n’est pas accessoire, secondaire. Elle est aussi essentielle que le fond car c’est elle qui permet au fond d’exister, de durer, de subsister. La forme permet de reprendre ce qu’on a vécu, de l’admirer, de le critiquer. C’est comme une « borne » pour les familles du Quart monde. Elles peuvent dire « voilà, c’est vraiment notre vie, et on en est fier », elles qui vivent dans l’immédiateté de la dureté de la vie. Nous avons vécu ces 4 jours de créativité, où chacun des participants, familles du Quart-Monde, familles partenaires, animateurs a pu trouver sa place par un large choix d’ateliers (peinture, terre, théâtre, saltimbanques, « chantier » et marionnettes) dans une dynamique à la fois personnelle, familiale et fraternelle. Comme le dit Dominique, animatrice de l’atelier peinture : « Ce temps d’atelier fut un vrai travail intérieur de solitude face à sa feuille, un temps d’accouchement, un temps face à soi-même pour trouver les gestes et les couleurs qui expriment ce que je suis en cet instant. Pour les personnes présentes, c’était un vrai temps de créativité : peindre en ne sachant pas peindre ! Il a fallu par ailleurs trouver comment conjuguer l’expression individuelle personnelle des peintures avec le collectif. La préparation des petits tableaux avec un même fond de couleur commun à tous a permis d’allier l’individuel et le collectif.” Et encore, Sigrid qui a mené l’atelier marionnette : « Les marionnettes, c’est quelque chose de très populaire. Notre objectif, c’était de créer les tribus autour de Moïse. J’ai beaucoup apprécié le « résultat » : chaque marionnette exprimait vraiment quelque chose de la personne qui l’avait réalisée. J’étais aussi dans un émerveillement en voyant les familles qui faisaient ce qu’elles sentaient, sans réticence. J’étais réjouie par les rires autour des marionnettes.”
Pour nous animateurs et artistes qui avons partagé ce temps, le défi a été de nous laisser guider par les familles du Quart-Monde, en approfondissant avec elles la figure biblique de Moïse, sous l’angle du peuple qui se constitue, guidé par Moïse vers le Seigneur. Les temps de partage biblique du matin pour les adultes et l’atelier théâtre qui a puisé dans ces partages, nous ont guidés jour après jour. Nous partions à l’aventure, sans vraiment savoir où nous allions, mais avec la certitude que nous y arriverions, avec l’aide de l’Esprit.


Et nous avons tous été émerveillés, nous même acteurs mais aussi spectateurs, de ce que nous avons créés ensemble. Voici quelques paroles recueillies à l’issue du spectacle :« Ce qui était beau surtout c’est que chacun ait pu trouver sa place, malgré la diversité des gens présents et les écarts d’âge. Ce fut une belle réalisation surtout parce que commune, et provoquant la joie chez les acteurs ! » « J’ai senti une belle unité ». « J’ai été émerveillée par la grandeur du travail réalisé et présenté par chaque atelier durant le spectacle, à l’image de la générosité du Seigneur. » « Je retiens les cris que j’ai entendus dans le spectacle : des messages qui se tournent vers Dieu, sous la forme de cris et d’actions de grâce ». « On a touché quelque chose de vrai, de soi-même dans ce théâtre biblique ».



D’autres enjeux ont été vécus durant cette semaine. Le premier a été de permettre aux familles de vivre un temps familial paisible : certaines ont leurs enfants placés, la parole circule très peu au sein des familles, la vie dans les cités est souvent rude et violente. Ces temps vécus ensemble pour la famille sont l’occasion de poser des fondations communes, de vivre ensemble un temps qui n’est pas un échec. Ce fut le cas particulièrement lors de l’atelier marionnette vécu en famille ou lors des temps plus informels, notamment autour de la balançoire très prisée par les enfants. Le second enjeu a été de vivre une vraie fraternité entre les familles du Quart Monde, les familles partenaires et nous animateurs. Pour nous animateurs, le défi était de ne pas vivre cette semaine dans une relation animateurs/animés, mais dans une relation fraternelle, dans un « être avec ». C’est pour cela par exemple que nous avons été invités à vivre les ateliers au même titre que les familles. Et les familles partenaires qui sont venues vivre ce temps pour partager avec les familles du Quart Monde, dans la gratuité, nous ont aidés à entrer dans cette relation de fraternité. Et nous en sommes tous convaincus, c’est grâce à cette fraternité vécue dans la vérité que ces 4 jours ont pu porter tant de fruits car, comme le soulignait une des artistes présente : « il faut de la confiance pour créer. »








