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Togo 2011 - "Vivre dans l’espérance"

Le père Alfonso Bartolotta nous livre son témoignage, après la mission au Togo effectué à l’été 2011.. Comment des gestes d’humanité deviennent des signes d’Amour.

 

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Des gestes d’humanité comme signes d’Amour

Chaque été, depuis quatre ans, j’ai la chance de vivre, avec un petit groupe de jeunes, une immersion missionnaire de trois semaines dans un pays du monde : au Niger (2008), au Sénégal (2009), à Madagascar (2010) et au Togo (2011).

L’expérience faite à Dapaong, au nord du Togo, a été à la fois particulière et exceptionnelle, et aussi différente des trois précédents voyages. Nous sommes restés tout le temps à Dapaong, et précisément au service des enfants et des adolescents du centre d’accueil de l’hôpital d’enfants « Yendube » et de l’association VIE « Vivre dans l’Espérance » . Tous ces enfants et adolescents sont orphelins, car ils ont perdu leurs parents, à cause du virus VIH et de la maladie du SIDA.
Le dépliant présentant un projet d’été, piloté par les soeurs hospitalières Augustines, m’avait fortement branché : « Partir c’est : s’ouvrir un peu… Pour plus de solidarité avec ceux de là-bas… Avec ceux d’ici au retour… ».

C’est tout un programme : facile à lire, mais très engageant à vivre ! Nous avons essayé de nous mettre concrètement et quotidiennement au service des ces enfants, adolescents et jeunes. Le leitmotiv de la semaine missionnaire mondiale 2011 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,39) nous a donné la force et le courage de sortir de nous-mêmes, pour aller à la rencontre de ces enfants, nos frères et soeurs en humanité. Notre rôle consistait tout simplement à être une simple présence de proximité, parmi eux et avec eux – au quotidien – par de multiples activités : rattrapage et soutien scolaire, selon les différents niveaux d’études, activités manuelles, récréatives et sportives, olympiades, etc. Et pour certains aussi, un temps de stage en pédiatrie, à tour de rôle.

Constater l’impuissance humaine face à la mortalité infantile, causée par des conditions précaires de santé, le paludisme, la malnutrition, etc. Un véritable fléau : une vingtaine d’enfants sont décédés pendant notre séjour. Lors de la messe du dimanche, des appels répétés, aux adultes et aux donateurs de sang, ont essayé de sauver quelques vies de ces êtres si fragiles, démunis et nécessiteux. La peur initiale de franchir le pas pour donner du sang, s’est transformée, petit à petit, en des réponses solidaires. En tout lieu et en toute activité on trouve des occasions pour s’ouvrir un peu aux autres, pour découvrir une autre manière d’être, de faire, de vivre ; bref, pour échanger, partager et s’enrichir mutuellement.

Le grand exode rural pousse les jeunes à s’installer dans les villes, à la recherche d’un travail, ou pour poursuivre les études. Dapaong est une grande ville, limitrophe à trois frontières et donc un lieu de transit, un carrefour de brassage de cultures et d’ethnies différentes où, depuis des années, s’est développée une prostitution difficile à contrôler.
Soeur Marie Stella, togolaise, soutenue par ses consoeurs et par un groupe de femmes et d’hommes de bonne volonté, gèrent ensemble deux orphelinats : « La maison d’accueil Saint Augustin » pour les garçons et « La maison d’accueil Ste Monique » pour les filles.

Leur but est d’accueillir, avant tout, ces orphelins de plus en plus nombreux, souvent abandonnés et/ou rejetés par leur propre famille – car le sida, hélas est encore considéré comme une maladie honteuse – ; leur but est aussi, de leur apporter un soutien humain et médical. Heureusement qu’il y a des maisons d’accueil de ce genre ! Oui, ce sont des laboratoires d’amour où tous font effort afin qu’il y règne le respect, l’entraide, l’amitié et la fraternité. Les grands prennent soin et s’occupent de plus petits, car tous et toutes sont marqués par le même drame, dans leur histoire humaine et familiale. Ces lieux sont désormais leur famille, leur maison où tous sont appelés à collaborer aux diverses tâches ménagères.
C’est ainsi que l’on devient frères et soeurs, que l’on trouve, même comme orphelins, d’autres pères, mères, oncles et tantes. Autrement dit, c’est le fruit du « Vivre dans l’Espérance » !

La chance d’aller dans la brousse, toute une matinée, avec Soeur Marie Stella, apporter les médicaments ou simplement pour réconforter les familles qui sont en deuil, m’a fait mieux comprendre l’ampleur de cette incroyable réalité du sida, qui à son passage décime impitoyablement les gens.
Chemin faisant, elle me décrit la solidarité locale qui est véritablement touchante. Des familles sont prêtes à devenir familles d’accueil, en ouvrant les portes de leurs maisons mais surtout de leurs coeurs pour donner tendresse et amour à ces orphelins, comme s’ils étaient leurs propres enfants. Les couples qui, pour maintes raisons, n’ont pas eu la joie de pouvoir donner le jour à des enfants, s’ouvrent à la solidarité et acceptent de prendre chez eux un orphelin, comme un don précieux de Dieu. « Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49,15).

La solidarité venant du dehors – de la part de tant de bienfaiteurs, parrains et marraines de ces enfants – est une indispensable providence

La solidarité venant du dehors – de la part de tant de bienfaiteurs, parrains et marraines de ces enfants – est une indispensable providence qui permet, grâce aux fonds récoltés, de soutenir le désir de vivre de ces enfants, de les accompagner, afin de réaliser leurs projets d’avenir ; de les suivre, également, dans la distribution de la trithérapie et de veiller que les antirétroviraux ne manquent à personne. « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu, et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? (…) Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,37-40) .

La joie lisible et visible dans leurs grands yeux d’enfants et leurs sourires d’espérance, sont prometteurs d’un avenir plus serein, grâce aussi à leurs efforts de se prendre en charge et d’être davantage autonomes. Les rendez-vous quotidiens à la chapelle révèlent l’importance de la prière commune : savoir dire merci à Dieu pour la journée écoulée, pour la réussite des bacheliers, pour confier à Marie leurs parents décédés et qui, du ciel, veillent encore sur eux. C’est l’expression authentique de la foi, propre aux enfants.

Oui, combien de clins d’oeil de Dieu dans ces multiples gestes d’humanité, comme signes d’Amour ! Des clins d’oeil – de ce Dieu qui aime et se fait encore enfant – renouvelés sans cesse partout dans le monde, à condition que nous nous laissions interpeller et toucher par la compassion.
La sagesse venant des proverbes d’Afrique nous rappelle que : « Ce que veut le coeur met les jambes en marche » ! Faisons bouger notre coeur et mettons-nous en marche pour aller à la rencontre des autres. C’est ainsi qu’ensemble on pourra « Vivre dans l’Espérance » !

A Noter
  • 2e week-end de L’Ecole de la Mission : 7 et 8 janvier 2012 « Chrétien, un boulot à plein temps ? » Quelle est la place spécifique des laïcs dans la mission de l’Eglise ? Etre missionnaire dans la vie quotidienne, professionnelle, familiale, associative…
 
 
 

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